jeudi 27 mai 2010

Dans le lycée de demain, quel rôle pour l’enseignant ? ….ou « vendre ou apprendre il faut choisir ? »

Depuis quelques années, les différentes réformes de l’éducation ont modifié les rapports «profs - élèves - savoir». Alors qu’auparavant ces derniers reposaient sur un dispositif triangulaire, ils ont été modifiés pour passer à un dispositif circulaire où l’élève est placé au centre (Révolution copernicienne de M.Allègre).
Cette évolution peut paraître tout à fait louable. Mais sous prétexte d’intéresser l’élève, qui est devenu un client à satisfaire, les savoirs et les exigences ont peu à peu été mis de côté.
Avec la réforme du lycée, nous atteignons le summum de cette révolution copernicienne. La matière que j’enseigne en seconde fait partie des enseignements d’exploration proposés aux élèves à la rentrée prochaine. En quoi consistent ces enseignements ? Quel est leur but ?

Dans le discours que l’on nous assène, le premier argument est qu’« il faut faire plaisir aux élèves » (si si…) ! Cela signifie la disparition de réelles compétences à atteindre, de savoirs véritables à transmettre et évidemment d'évaluations (qui incarnent la fameuse « pédagogie par l’échec » tant conspué par nos pédagogues) !!! Ce qu'il faut, c'est que les élèves « s'éclatent » pendant nos cours, qu'ils s'amusent, qu’ils soient contents d’être avec des animateurs sympas (type colonies de vacances ?)…Il faut leur donner envie de continuer dans nos filières en première.

En un mot, il faut vendre nos formations. A nous d’être de bons vendeurs aujourd’hui pour avoir du travail demain. Nous serons en effet tenus pour responsables de l’absence de candidats dans nos filières …La loi du marché a pénétré un nouveau secteur : celui de nos lycées. Cette politique permet une mise en concurrence des lycées mais également des profs entre eux (diviser pour mieux régner).

Notre métier évolue. Désormais, nous passons du statut de profs à celui d’ animateur ou de vendeur…Vendre ou apprendre, il nous faudra choisir…Ceux qui réussiront le mieux ne seront pas forcément les plus glorieux…

vendredi 9 avril 2010

Le rectorat recrute ses profs !à l'ANPE !!

Un con, ça ose tout : c'est même à ça qu'on le reconnaît !
Audiard







mercredi 7 avril 2010

Le gouvernement fait sa pub !

Est-il légitime qu’un gouvernement investisse des millions d'euros pour faire le service après-vente de ses réformes ?

Les suppressions de postes dans l’Education Nationale se poursuivent. Le gouvernement Sarkozy a en effet prévu de dégraisser le mammouth de 80000 enseignants à l’horizon 2012 alors que la violence en milieu scolaire explose, comme le rappelle la convocation d’Etats généraux sur la question (7 et 8 avril), notamment en raison de la diminution de la prise en charge des enfants et des adolescents par des adultes formés et compétents. Mais peu importe ! La logique gestionnaire doit l’emporter sur tout projet de société ! Comme l’avait indiqué Philippe Seguin dans son rapport de la Cour des comptes, il s’agit là de petites vue comptables court termistes.

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Par ailleurs, une réforme des lycées est en cours qui doit prendre effet à la rentrée prochaine en classe de seconde. Apparemment, il n’y a pas de lien entre ces deux faits, le seul but de cette réforme étant bien sûr d’améliorer l’enseignement en lycée. C’est oublier encore une fois que les considérations comptables l’emportent largement sur les considérations pédagogiques, cette réforme n’ayant d’autre but que de charger un peu plus les classes pour diminuer le nombre d’enseignants, le tout masqué sous un vernis de buts louables. Le but non avoué du gouvernement sera donc de déguiser cette logique aux yeux de tous. Comment ?! Par un procédé vieux comme le monde : la propagande…

S’il y a en effet un domaine dans lequel le gouvernement ne fait pas d’économies, c’est celui de la communication. Personne n’a pu , par exemple, échapper au matraquage publicitaire sur le pouvoir d’achat dont la campagne a été conçue par l'agence Young & Rubicam pour un budget mirobolant de 4,33 millions d'euros. En période de crise et de rationnement pour « tous » et en particulier pour les services publics, cela mérite d’être noté…

Mais surtout, sous prétexte d’informer les jeunes sur les nouveaux programmes du lycée, le gouvernement fait sa pub sur internet et sur les radios de jeunes (Virgin radio, NRJ,…).

http://www.education.gouv.fr/nouveau-lycee/documents.php

Il y a une grande différence entre information et publicité ! Dans notre cas, il s’agit bel et bien de pub et plus exactement de propagande du gouvernement, le but de cette campagne étant de persuader les jeunes (et leurs parents) que ces réformes apporteront un « plus » à leur éducation afin qu’ils y souscrivent.

Prenons l’exemple du spot publicitaire radio sur l’accompagnement personnalisé (thème on ne peut plus vendeur qui consiste à culpabiliser les profs en réconfortant les parents). Le scénario du spot, en gros, est le suivant :

  • Jeune : c’est quoi le cosinus de 60°, trop duuur toutes ces formules, c’est pas gagné ce contrôle…
  • Adulte : Excusez moi, c’est pour le nouveaux lycée, vous allez entrer en seconde ?
  • Jeune : oui.
  • Adulte : Et ça vous dirait d’être accompagné dans votre scolarité ? *
  • Jeune : ce serait pas mal oui !
  • Adulte : ce sera le cas, car des la rentrée 2010 chaque élève de seconde pourra bénéficier d’un accompagnement personnalisé de 2h par semaine…
  • Jeune : Ah ! je sais, cosinus 60° c’est ½…
  • Etc.

*ce qui suggère, implicitement, que les enseignants n’accompagnaient pas leurs élèves auparavant…et occulte le problème crucial du manque de travail personnel fourni par les élèves en temps normal, thème qui n’est jamais évoqué…Mais enfin, que font les enseignants ??!!

A l’écoute de ce spot publicitaire, on comprend qu’un professeur passera 2h par semaine avec chaque élève (voire un petit groupe d’élèves) pour lui venir en aide sur tous les points où il rencontra des difficultés. Comme par hasard, dans le spot, il s’agit d’un cours de soutien en maths : C’est porteur les maths en communication…

La vérité est tout autre :

  • Il est bien prévu 2h par semaine d’accompagnement personnalisé en classe de seconde (puis en première et terminale), mais celles-ci seront réalisées en classe entière (35 élèves) ce qui fait environ un temps de 3 minutes par élève…
  • Ce ne sont pas des heures prévues pour du soutien (même en maths..). En fait, Il n’y a pas de programme défini. Ce sont les enseignants qui doivent définir un projet d’utilisation de ces deux heures hebdomadaires en fonction des besoins de chaque élève (soit des 35 élèves). Beau projet, sacré casse tête.

Il en va de même pour la qualité des différentes informations disponibles sur le site du gouvernement. Une information incomplète et orientée. Bref, de la propagande !

Comment ne pas s’indigner d’un tel matraquage médiatique de la part d’un gouvernement dans le but de soutenir ses réformes…A l’heure où chacun est sommé de faire des efforts et de participer à l’effort collectif, on attendrait davantage de justice et de transparence de la part de notre pouvoir politique …



jeudi 18 mars 2010

Le pédagogo Mérieu contre l'école

Bonjour à tous,

nous reprenons nos activités, après un an d'absence, puisqu'on a eu l'amabilité de nous faire de la pub et que cela nous a revigorés. Merci donc à Marianne, journal républicain de gauche, d'avoir publié cet article avec lequel nous sommes en tous points d'accord.

Nous revenons avec un nouveau slogan emprunté à J.F. Kennedy,

"chers parents, ne vous demandez pas ce que peut faire l'école pour vous (et vos enfants), demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour elle (et par conséquent pour vos enfants !"

La société a besoin de reprendre en main la charge éducative au lieu de la confier exclusivement à l'école sans (en plus !) lui donner les moyens de l'exercer...

http://www.marianne2.fr/Philippe-Meirieu-envoie-l-Ecole-au-compost_a189676.html

Philippe Meirieu envoie l'Ecole au compost
Anne Frémaux - Mariannaute Dimanche 7 Mars 2010 à 13:01 Lu 18019 fois
Texte inspiré d'un article de Paul Ariès paru dans le journal La décroissance

Philippe Meirieu, ex-directeur de l'IUFM de Lyon et grand défenseur des thèses pédagogistes, est tête de liste Europe Ecologie pour les Régionales en Rhône-Alpes. Mais des militants de gauche attachés à l'Ecole républicaine, comme Anne Frémaux, professeur de philosophie, ne pourront voter pour lui.

Je suis enseignante depuis 8 ans, professeur de philosophie. J'ai eu l'occasion, notamment au cours de l'élaboration de mon mémoire de titularisation, de rencontrer les écrits de Philippe Meirieu, lui-même philosophe de formation, et de prendre connaissance du combat qui l'a opposé, au sujet de l'éducation, à ceux qu'on appelle les « républicains » (pédagogistes versus républicains).

Or, M. Meirieu, ex-directeur de l'IUFM de Lyon, professeur de « sciences de l'éducation » a été désigné comme tête de liste d'Europe Ecologie en Rhône -Alpes, à l'initiative des frères Cohn Bendit (qui, peu regardants, ont même été jusqu'à exhumer, en Alsace, Antoine Waechter un vieil écolo de droite, que Mitterrand avait fait monter dans les années 90 pour contenir le mouvement écologiste sur sa gauche...).

Macdonaldisation de la pensée
Philippe Meirieu peut être considéré comme l'introducteur, en France, des nouvelles pédagogies importées des Etats-Unis et dont la dangerosité a déjà été analysée par Hannah Arendt dans les années 60 (voir à ce sujet La crise de la culture).

L'idée est la suivante : pour faire face à la massification de l'enseignement, il faut une «massification » de la culture. Les enfants des milieux populaires n'étant pas jugés aptes à bénéficier d'une culture traditionnelle, « classique » (qui sera donc dédiée aux élites), il faut leur réserver un apprentissage adapté à leur milieu social et à leur niveau. P. Meirieu eut à ce sujet cette phrase édifiante qu'il dit ensuite avoir regrettée : « les enfants des classes populaires peuvent très bien apprendre le Français dans des notices d'utilisation » .

Véritable Macdonaldisation de la pensée, cette idéologie a été accompagnée d'un changement de vocabulaire dont la dangerosité n'a d'égal que son imbécillité : ainsi un élève n'est plus un «élève » mais un « apprenant » (dimension active censée masquer la réelle inertie du dit-élève), un ballon n'est plus un ballon mais un « référentiel bondissant », un « stylo» est devenu un « outil scripteur », autant de mots savants censés donner une légitimité scientifique à des experts ès éducation (sciences de l'éducation) qui n'ont jamais vu un « apprenant » de leur vie.

Le savoir sacrifié
L'apprenant, grâce à P. Meirieu, grand fondateur des IUFM, proche de Allègre et de Jospin (cf. la loi d'orientation de 1989) est placé « au centre du système éducatif », prenant la place du savoir et de la culture (moyen, au passage, de culpabiliser les enseignants qui, jusque là, il est vrai, n'avaient pas considérer leurs élèves comme destinataires de leur savoir, n'est-ce pas ?!!)

L'école n'est donc plus un lieu de « transmission du savoir » (le savoir étant considéré comme rébarbatif comme tout ce qui a trait à la contrainte éducative) mais un « lieu de vie » où nos jeunes sont censés s'épanouir de façon ludique - d'où les recommandations faites aux jeunes enseignants dans les IUFM de ne plus les corriger en rouge et de ne plus évoquer devant eux ce mot tabou qu'est le « travail ».

Il s'agit de laisser croire que tout peut s'obtenir sans effort, de façon agréable, que tout peut être consommé. C'est à l’enfant, dès lors, qu'il appartiendra, quasiment par ses propres moyens (puisque le prof n'est plus doué d'autorité pédagogique), de redécouvrir le savoir accumulé au fil des siècles...Vaste fumisterie...

Exit donc l'effort, la discipline, les estrades, le par cœur, les classiques, les cours magistraux...Bienvenue le ludique, les romans de gare étudiés en classe, la disposition de classe en U pour faire plus « cool », l'interactivité (c'est-à-dire les cours transformés en café du commerce...) et les TIC (technologies de l'information et de la communication : vaste programme présenté comme un sésame qui consiste à mettre les élèves devant des ordinateurs ou des films au lieu de faire cours...)...

L'ascenseur social en panne
Un cours réussi est un cours où l'enseignant parlera le moins possible, qu'on se le dise ! Le prof est conçu comme l'"animateur" (terme qui figure dans les textes officiels) d'un grand foutoir organisé destiné à satisfaire l'envie de plaisir et de jouissance des élèves (qui, en théorie, sont « naturellement » disposés à s'enrichir intellectuellement...Sorte de théorie du «bon sauvage » appliqué aux enfants).

Et pour couronner le tout, on laissera aux parents le soin de décider des passages dans les classes supérieures et on s'efforcera de supprimer toute forme d'autorité et de sanction, dans les établissement scolaire de seconde zone afin que la diffusion du savoir y soit rendu impossible (les établissement d'élite ayant, bien entendu, des régimes particuliers : on continue à y enseigner le grec, le latin, l'allemand, et bientôt l'histoire...autant de matières abrogées dans les autres).

Le hic, bien sûr, c'est que le savoir est toujours nécessaire pour accéder aux postes à responsabilité et son acquisition n'étant plus permis par l'école, seuls ceux qui, socialement, en disposent chez eux, peuvent espérer y parvenir. Les classes moyennes les plus modestes sont donc les premières victimes de ce déclassement organisé (les classes populaires n’y ayant jamais eu vraiment accès, sauf de façon marginale). D’où le sentiment de malaise et la peur grandissantes que ressentent ces foyers au sujet de l‘avenir de leurs enfants.

On pourra ensuite, toujours s'étonner que l'ascenseur social ne fonctionne plus et vouloir, pour y remédier, obliger les grandes écoles à diminuer le niveau de leur concours pour une minorité, au nom de la discrimination positive (véritable oxymore).

Elever le niveau
On remarquera qu'il s'agit là de prendre le problème à l'envers. Que diriez-vous, plutôt, d'élever le niveau des classes populaires à celui des classes bourgeoises grâce à un enseignement de qualité que sont parfaitement capables de dispenser les profs de notre pays (très bien formés jusqu'à présent !!!...)

Mais bientôt, le niveau des profs (suppression des concours et réforme des méthodes de recrutement) sera aligné sur celui des élèves, ce qui supprimera toute velléité de dissidence encore trop prononcée chez des profs trop bien formés et donc mécontents de l’écart qu’ils voient se creuser entre ce qu’ils pourraient faire et ce qu’on leur demande de faire : la droite libérale ne fait qu’achever le programme socialiste mis en œuvre via Allègre et Meirieu depuis 1989.

La méthode promue par Meirieu a tout simplement rendu tout enseignement impossible dans les nombreux établissements où elle été mise en application : selon la formule de Liliane Lurçat (Vers une école totalitaire ? Guibert, 1998), le pédagogisme est une méthode anti-intellectuelle qui organise la destruction des intelligences et qui accuse d'élitisme toute forme de transmission de savoir.

L'élitisme pour tous
Pour ma part, je remercie l'école « élitiste » d'avoir permis à ma mère, sortie de l'école à 13 ans, de maîtriser parfaitement sa langue maternelle et d'avoir pu, grâce à cela, exercer avec dignité le métier de secrétaire que beaucoup de nos bac + 2 actuels seraient incapables de faire ,en raison de leurs "faiblesses" (euphémisme) syntaxiques et orthographiques.

Je remercie, pour ma part, mon institutrice de campagne d'avoir eu une conception « élitiste» de l'enseignement ainsi que tous mes enseignants de collège et de lycée de banlieue populaire car ils m’ont ainsi permis d'accéder aux plaisirs de l'apprentissage et de la culture. Avec un Philippe Meirieu aux commandes, je n'aurais certainement pas eu cette chance...

Soyons clairs : l'idéologie pédagogique de P. Meirieux est en grande partie responsable des dysfonctionnements et de la violence que nous rencontrons aujourd'hui à l'école. Pour ceux qui ne sont pas convaincus de la nocivité des méthodes pédagogistes, je conseille le visionnage du film, malheureusement trop peu diffusé, « La journée de la jupe » (avec I. Adjani), dans lequel on peut dire que Meirieu est le principal mis en cause.

Quoiqu’il en soit, pour moi qui suis une républicaine de gauche, fervente partisane de services publics de qualité dont l’école est l’un des emblèmes, ce candidat ne saurait être le mien...

Propos inspiré d'un article de Paul Ariès, journaliste dans le mensuel la décroissance

Pour aller plus loin
Qui a eu cette folle idée de casser l'école de Fanny Capel, éditions Ramsay (2004)
La Fabrique du crétin, La Mort programmée de l’école de Jean-Paul Brighelli, éditions Gawsewitch, 2005
L'enseignement de l'ignorance, de J.-C. Michéa éditions Climats (2006)

vendredi 30 janvier 2009

Les rustines de l'éducation...



L'année dernière, le rectorat a désigné volontaire le lycée où j'enseigne comme établissement pilote pour mettre en place du soutien. Il faut dire que mon lycée n'est pas dans les premiers de l'académie. Enfin tout est relatif, ça dépend des critères pris en compte pour ces fameux classements et surtout du sens dans lequel on lit le classement...Bon, je m'égare...

Revenons à cette histoire de soutien. Quoi de révolutionnaire, vous allez me dire ?! ça existait déjà. Mais non, car cette fois il s'agit de soutien ++ (toujours +, ce Sarko). En fait, ce sont des heures de soutien (environ 1000 pour l'année dans mon bahut) qui peuvent être faites dans n'importe quelle matière, pendant l'année scolaire mais également pendant les vacances scolaires (petites et grandes). Ce soutien ne fait pas l’objet d’évaluations. Il s’agit uniquement d’aide. Alors là, on peut se dire que le gouvernement met le paquet pour la réussite de nos élèves, tout ça aux frais du contribuable : Acadomia n'a plus qu'à déposer le bilan...beau geste, ça paraît même un peu louche. Comme dirait l'autre, y a mérou sous le cailloux, voire gravillon sous éléphant...


Réfléchissons ensemble sur les raisons de cet élan de générosité...


Tout d'abord, je tiens à préciser que je n'ai rien contre la mise en place d'un soutien fait intelligemment pour des élèves motivés. Encore faut-il que ce soutien ne soit pas une rustine (voire un cataplasme) permettant de remédier aux insuffisances des enseignements de base mis en place avec les nouveaux programmes des lycées.

  • Moins d'heures de cours dans quasiment toutes les matières.

  • Classes surchargées (c'est déjà souvent le cas).

  • Suppression des heures d'aide individualisée.

  • Suppression des cours en modules (½ classe).

  • Non évaluation d'un certain nombre des matières enseignées (sous-matières appelées « modules d'exploration »...); efficace pour motiver les élèves… Il faut au moins ne jamais avoir enseigné, pour penser à des choses pareilles.

  • Etc.


Un des secteurs industriels important est la maintenance. L’évolution de ce métier engendre qu’il consiste de moins en moins souvent à remettre en état un outil de travail mais beaucoup plus à aller à la rencontre des dysfonctionnements, à les anticiper. On est ainsi passé d’une "maintenance curative" à une "maintenance préventive". En ce qui concerne l'enseignement, ne sommes nous pas en train de passer, au contraire, de « programmes préventifs » à des « programmes curatifs » : enseignement au rabais toute l'année (cf. collèges et lycées light que la prochaine réforme ne va faire qu’aggraver) mais quelques heures de soutien pendant les vacances assurées par quelques « super profs » motivés (payés en heures supplémentaires) pour faire croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des monde. Les parents, nouveaux « clients » du système éducatif, seront-ils dupes ?

Heureusement d’ailleurs qu'ils sont là, ces super profs motivés, ceux qui veulent remonter la France qui va si mal parce qu'on ne travaille pas assez...Heureusement qu'ils sont là pour pallier les manques d'apprentissage dus aux multiples jours de grèves faits par ces fainéants de profs toujours à se plaindre...

Bravo, Monsieur Sarko de diviser le corps enseignant : d'un côté le bon prof toujours prêt à travailler plus pour gagner plus (ou peut être juste à gagner + ) et de l'autre côté, le prof revendicatif et gréviste qui se bat pour avoir un système éducatif qui tient la route (pas comme les pneus crevés et rustinés). Un système qui joue son rôle d'ascenseur social. Bref, un prof toujours prêt à se battre plus pour un enseignement plus (mais un prof qui gagne moins…).


Par ailleurs, je pense qu'il y a également, de la part du gouvernement, un magnifique effet d'annonce. Regardez mesdames et messieurs, vos enfants aussi vont pouvoir travailler plus et sans que vous ne dépensiez plus... Vous avez vu comme on s'occupe bien d'eux...

Désormais, si les élèves n'ont pas suffisamment travaillé pendant l'année scolaire et ont préféré, en bons petits consommateurs abrutis, jouer sur leur PC ou mater les super programmes télé lorsqu'ils rentrent chez eux le soir, on leur fera une bonne petite semaine de soutien, en petits groupes privilégiés de 15 élèves aux maximum pendant les vacances scolaires pour les préparer aux bacs ou à la classe supérieure (sympa le « permis de glander »). En effet, un des buts de tout ça, c'est également qu'il n'y ait plus de redoublement. Ca coûte cher les redoublements ma p'tite dame et ça ne sert à rien... L'Etat n'a plus d'argent, du moins pas pour éduquer le petit peuple...


Voilà, pour conclure, à partir de l'année prochaine, je suis un p'tit prof modèle. Je n'en fais pas lourd pendant l'année mais je ne fais jamais grève... Je fais en sorte qu'un petit nombre de mes élèves (entre 10 et 15) ait besoin de quelques cours en plus. Je demande à faire des heures de soutien que je viendrai assurer, payé en heures supplémentaires et dans de bonnes conditions de travail (peu d'élèves, peu de préparation et pas d'évaluation...cool).

Les petits conseils que je donne à mes enfants...travailler juste moyennement, ne vous fatiguez pas trop le soir, afin de profiter pleinement des heures de soutien, où là, vous pourrez enfin travailler dans de bonnes conditions...


Un prof anonyme. Cela est préférable par les temps qui courent... (cf. appel d'offres de Darcos pour la surveillance des profs) :

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article8673 )

lundi 24 novembre 2008

Collectif républicain d'enseignants néo-titulaires

samedi 8 novembre 2008

extrait du blog :

http://pouruneecolerepublicaine.blogspot.com


Déclaration d'intention d'un collectif d'enseignants néo-titulaires

Enseignants titularisés en 2008, nous venons d’apprendre que nous allions bientôt faire l’objet de la gracieuse générosité de notre ministre. Ce dernier en effet a annoncé en septembre qu’il octroierait, cette année, une prime de 1500 euros à chaque professeur titularisé en juillet dernier.
Pourquoi cette somme ? Pourquoi nous ? Pourquoi seulement nous ? Et non pas, par exemple, nos collègues qui enseignent depuis un an ou deux ? Ne connaissent-ils pas un équilibre financier aussi précaire que le nôtre ? Pourquoi cette prime donc, alors que personne ne l’a sollicitée, alors que les revendications des enseignants portent aujourd’hui sur des questions autrement plus importantes, des questions qui ont à voir avec la survie même de l’école républicaine ?Mystère impénétrable et fascinant de l’arbitraire de ceux qui nous gouvernent! Récompenses et châtiments alternent selon leur caprice ou les objectifs de leurs petites manigances.

En la circonstance, puisque c’est d’une gratification dont nous faisons l’objet, nous aurions dû nous réjouir, voire clamer notre gratitude envers le bienfaiteur. Mais reste un problème. Et M Darcos le reconnait lui-même (cf. Le Canard enchaîné 23/10) : toutes les mesures qu’il annonce depuis quelques mois ont pour finalité première de « masquer » ce qui se joue aujourd’hui à l’école. Cette prime, comme les autres “mesurettes” (introduction de médailles au baccalauréat, retour des cours de morale, etc..) vise à faire diversion, à cacher l’entreprise de démolition. D’ailleurs, même si le ministre le contestait, en arguant la main sur le coeur que par cette mesure il n’entend qu’œuvrer à ”l’amélioration de la condition enseignante”, il devrait encore reconnaître qu’il y a loin entre l’octroi conjoncturel d’un petit pécule, et la mise en place d’une vraie politique salariale globale. L’ironie en la circonstance étant que rien n’assure que cette prime sera reconduite, ne serait-ce que l’an prochain! Il faudrait donc faire preuve d’un aveuglement bien singulier pour ne pas voir que nous avons affaire là à une manœuvre dont le but est de dissimuler la réalité du désengagement historique de la puissance publique vis-à-vis de l’Ecole.

Voilà pourquoi, en tant que jeunes enseignants (sachant les classes surchargées, sachant combien nos collègues, d’année en année, se voient privés des moyens d’instruire correctement leurs élèves), nous ne pouvons recevoir béatement cette gratification, sans avoir le sentiment de nous faire un peu complices des basses manœuvres du cabinet Darcos. Et c’est pourquoi aussi un certain nombre d’entre nous a décidé de reverser tout ou partie de cette somme, en la mettant à disposition des chefs d’établissements et des équipes pédagogiques nouvellement déshérités qui exprimeraient, via notre site internet, des demandes précises concernant des besoins matériels nécessaires à l’instruction des élèves.

Leçon de littérature

" Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé ".
Victor HUGO, dans " Napoléon, le petit " Réédité chez Actes Sud.

EN LISANT CE TEXTE, VOUS PENSIEZ A QUI ? ...

vendredi 30 mai 2008

Faire mieux et plus avec moins : l'équation impossible !


Article du Monde, 29 mai 2008


Une catastrophe est en marche, plus grave que les nouveaux programmes de l'école primaire ou les suppressions de postes qu'on dénonce dans la presse ou dans la rue. Il sera facile, en effet, de revenir sur ces mesures.
La suppression de deux heures de classe dans l'enseignement primaire et la semaine de quatre jours risquent au contraire d'être irréversibles. Et personne ne dit rien ou presque. Le forfait s'accomplit dans l'indifférence générale. Munich s'était accompagné d'un "lâche soulagement". Ce lâche consentement, lui aussi, annonce une débâcle.
Les comparaisons internationales nous montrent en mauvaise position et 10 % à 15 % des élèves qui entrent en 6e sont incapables de suivre. Et qu'est-ce qu'on fait ? On réduit la durée de l'enseignement ! A qui fera-t-on croire qu'il est possible d'apprendre mieux et plus en travaillant moins ? Même le ministre n'a pas osé dire du bien de cette mesure que lui a imposée - dit-on - un président qui n'a décidément pas besoin de réfléchir pour décider.
M. Darcos s'est borné à dire que nous restions "bien au-dessus de la moyenne des pays qui obtiennent les meilleures performances". Mais s'ils réussissent, c'est parce qu'ils répartissent les heures de classe dans toute la semaine. Vingt-quatre heures sur six jours sont beaucoup plus efficaces que sur quatre : tout le monde le sait. Du professeur Debré au docteur Hubert Montagner, les médecins ont répété que six heures de classe pour des enfants de moins de 8 ans, c'est trop pour être efficace.
Avec trente-six semaines de quatre jours, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 1er et le 8 mai, le 11 novembre, cela fera moins de 140 jours de classe par an. Il y en a 210 au Japon, 200 en Italie et au Danemark, 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne. Et l'on se plaint du niveau des petits Français ? Il n'y a qu'une chose vraiment importante en éducation : c'est le travail des élèves. Sur quel miracle, sur quelle potion magique, M. Darcos compte-t-il pour compenser les amputations qu'il décrète ?
Tout le monde le sait, mais personne ne dit rien. Où sont les défenseurs du niveau, si prompts à dénoncer toute innovation pédagogique ? La vague promesse d'un retour aux bonnes vieilles méthodes les rassure : elles ont fait leurs preuves, disent-ils. Mais à raison de trente heures par semaine, sans compter les heures supplémentaires prodiguées à la veille du certificat d'études. Croient-ils par hasard qu'elles seront aussi efficaces à raison de vingt-quatre heures ?
Avec un cinquième de temps en moins, il leur faudrait un an de plus. Et qu'on ne nous raconte pas qu'on va se concentrer sur les "fondamentaux", alors qu'on ajoute encore des matières. Et les parents d'élèves ? Ce sont les premiers intéressés. Trop contents de disposer du samedi matin, ils se sont bornés à des protestations de principe. Mais on pouvait leur donner cette matinée en prenant celle du mercredi ; un tribunal administratif vient de statuer que c'était compatible avec le catéchisme.
On pouvait aussi généraliser ce qui avait été accepté dans les départements qui avaient adopté la semaine de quatre jours : raccourcir un peu les vacances. Pas du tout : on supprime ces journées supplémentaires. Les princes qui nous gouvernent ne sont pas mesquins... La preuve ? Cette mesure ne rapporte rien au budget ; c'est pur cadeau.
Et les enseignants ? Rendons-leur cette justice : ils n'ont rien demandé. Les institutrices sont les premières inquiètes. Elles qui font travailler les élèves - car la classe n'est pas un cours -, elles mesurent mieux que quiconque l'impossibilité de faire plus avec moins et elles savent qu'on les rendra responsables, demain, des échecs de l'école. Mais comment refuser un cadeau pareil ? Et pourtant, cette mesure compromet, plus que bien d'autres qui provoquent des grèves, l'enseignement de haut niveau et la qualité du service public que les syndicats prétendent défendre.
Le résultat de ces lâchetés et de ces hypocrisies est connu d'avance : le nombre des élèves incapables de suivre en 6e va augmenter. Je dénie à quiconque ne proteste pas aujourd'hui de toutes ses forces contre cette mesure le droit d'ouvrir demain la bouche pour déplorer cet échec majeur.
Ceux qui se prétendent démocrates et défenseurs du service public et ne dénoncent pas aujourd'hui cette entreprise de déconstruction sont des menteurs. Les parents informés des classes moyennes et supérieures sauront compenser, par des recours divers et payants, mais fiscalement avantageux, les insuffisances organisées de l'école publique. Les milieux populaires, eux, feront les frais de cette amputation.
Il ne faut pas se payer de mots. J'attends qu'on m'explique comment des programmes plus copieux contribuent au resserrement sur les fondamentaux, et comment on apprend plus et mieux en travaillant moins.
Antoine Prost est historien de l'éducation.

lundi 26 mai 2008

Analyse : tout est dit





La leçon des néo-libéraux : comment ruiner l'école publique?



Par Marie Perret
Samedi 3 mai 2008





Quatre constats inquiétants

1. Plus de 150 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.

2. Le recours à des officines de soutien privé est de plus en plus systématique. Il faut savoir qu’Acadomia, entreprise spécialisée dans les cours à domicile, est désormais cotée en bourse. Il y a, de fait, une privatisation rampante de l’enseignement.

3. L’école, depuis 30 ans, ne joue plus son rôle d’« ascenseur social ». Un exemple : il n’y a jamais eu aussi peu d’enfants d’ouvriers dans des grandes écoles comme Polytechnique ou Centrale qu’aujourd’hui.

4. Le niveau baisse. Il y a quelques années encore, il était de bon ton de railler les professeurs élitistes et grincheux, toujours prompts à « seriner l’antienne du niveau qui baisse ». Aujourd’hui, le constat est pour ainsi dire unanime. On tire la sonnette d’alarme à tous les niveaux, et dans toutes les matières. Instituteurs, professeurs de collège et de lycée, mais également professeurs d’université : tous déplorent le peu de culture des élèves et des étudiants,leur manque de repères historiques, leur difficulté à maîtriser la langue française, à organiser leur pensée de façon rigoureuse, à exprimer leurs idées de façon fine. Les raisons de ces difficultés ne sont pas seulement exogènes et sociologiques.
Si le niveau baisse, ce n’est pas seulement à cause de l’hégémonie de la société du spectacle ou de l’attitude « consommatrice » des jeunes : c’est aussi parce que l’école est de moins en moins exigeante. Bien sûr, le régime n’est pas le même partout : dans les grands lycées de centre ville, où sont généralement scolarisés les enfants de la bourgeoisie, les exigences sont restées à peu près les mêmes.
Dans les quartiers populaires, en revanche, les professeurs, débordés, gèrent tant bien que mal la violence liée à l’indiscipline en occupant les élèves, à défaut de les instruire. Les parents cherchent par tous les moyens à dé-sectoriser leurs enfants ou à les inscrire, quand ils sont assez riches, dans le privé.
Le contraste entre les établissements est désormais tellement marqué qu’il n’est pas excessif de parler d’une « école à deux vitesses ».
Ces quatre faits ne sont évidemment pas indépendants les uns des autres.
Le quatrième constat, qui est le plus déterminant, éclaire les trois autres : c’est parce que le niveau baisse que les familles bourgeoises enrichissent les officines de soutien privé tandis que les enfants des milieux populaires vont grossir les rangs de ceux qui sortent du système scolaire sans diplôme. On ne s’étonnera donc pas que l’école joue aujourd’hui moins que jamais son rôle d’« ascenseur social ».

A qui profite le crime ?

La question qu’il faut poser est la suivante : qui a intérêt à ruiner l’école publique ? A qui profite le crime ?
En 1996, le centre de développement de l’OCDE a publié un intéressant rapport. Le titre est sibyllin (« La faisabilité politique de l’ajustement »), le style, technocratique, l’enjeu effrayant : sous couvert d’apprendre aux gouvernements comment réduire les déficits budgétaires, son auteur, Christian Morrisson, montre comment libéraliser tous les secteurs des activités humaines en « réduisant les risques » – entendez : en évitant la révolte sociale. Soit le problème suivant : étant donné qu’il n’y a pas de libéralisation possible sans destruction des services publics, étant donné que les peuples sont généralement attachés aux services publics, trouver le moyen de supprimer les services publics tout en évitant de mettre les gens dans la rue. La solution est simple, mais il fallait l’inventer : Christian Morrisson préconise la méthode douce qui consiste à diminuer la qualité des services publics. Dans l’extrait ci-dessous, l’auteur prend l’exemple de l’école. Goûtons ce morceau d’anthologie du cynisme néo-libéral :

« Les mesures de stabilisations peu dangereuses : Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

Il n’y a qu’à diminuer progressivement la qualité de l’enseignement : les citoyens n’y verront que du feu. Personne ne descendra dans la rue, les gouvernants ne seront pas inquiétés, le secteur privé tirera tout le bénéfice, car les familles fuiront les établissements publics. Tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Christian Morrisson décrit sans fard la réalité de l’école publique. La qualité de l’enseignement, depuis 30 ans, baisse à un point tel que les citoyens n’ont plus confiance dans leur école.
Résultat : la marchandisation de l’enseignement est en marche (après celle de l’eau, après celle des énergies, après celle de la santé, etc.). L’école publique se délite progressivement. On grogne bien ici ou là, on réclame davantage de moyens, mais force est de constater que la recette Morrisson marche bien : le « risque politique » que constitue le « mécontentement général de la population » est évité.
Les « idiots utiles »
Pour résister à cette entreprise de destruction de l’école publique, il aurait fallu défendre l’idéal
d’une institution forte, dévolue à la transmission de savoirs exigeants, sourde aux pressions venant de la société civile. Pour combattre efficacement Morrisson, il aurait fallu se ranger derrière Condorcet. On aurait pu croire que la gauche, fidèle aux principes de l’école républicaine, allait résister à l’offensive. Non seulement elle ne l’a pas fait, mais elle a apporté, à son corps défendant, un soutien inespéré au programme de la marchandisation de l’école. Le discours « pédagogiste » auquel une grande partie de la gauche a adhéré a eu pour principal effet de précipiter l’affaiblissement de l’institution scolaire ainsi que la baisse général du niveau. Voici quelques exemples de mesures qui ont participé à cette baisse :

• En valorisant des qualités qui n’ont rien à voir avec les compétences qu’on doit attendre d’un professeur, on a recruté des enseignants qui n’étaient pas toujours qualifiés. On a oublié qu’avant d’être « gentil », « dynamique », d’« aimer les élèves », de « participer activement au projet d’établissement », un professeur doit se distinguer par la maîtrise des savoirs qu’il transmet.

• En instaurant le passage automatique, on a fait en sorte que tous les élèves, même ceux qui n’ont pas le niveau, puissent passer dans la classe supérieure. Comme le redoublement est un luxe (les gestionnaires de l’éducation nationale savent que cela coûte de l’argent), on a poussé les professeurs au laxisme. Pire : on leur a retiré le droit de s’opposer au passage de tel ou tel élève dans les conseils de classe. Les parents sont généralement contents : ils pensent qu’on fait un cadeau à leurs enfants. Ils se trompent : en fait de cadeau, il ne s’agit que de faire des économies.

• Sous le prétexte idiot que la discipline ferait violence aux élèves, qu’un cours doit être « vivant», que le cours magistral est « ringard », on a laissé le désordre s’installer dans les classes. Les professeurs constatent amèrement qu’il est de plus en plus difficile de faire la classe dans de bonnes conditions et d’instruire les élèves.

• En bradant les diplômes qui, de fait, ont de moins en moins de valeur sur le marché du travail, on a poussé tout le monde à faire des études longues. Comme les conditions d’enseignement à l’Université sont souvent difficiles et parfois déplorables, comme les BTS et les IUT sont pleins, les parents qui ont de l’argent inscrivent leurs enfants dans des écoles supérieures privées (qui coûtent très cher). Ceux dont les parents n’ont pas les moyens se retrouvent sur le marché du travail : ils constituent alors une main d’oeuvre paupérisée, qui est d’autant plus exploitable par le patronat qu’elle est peu qualifiée.

• On a délaissé l’enseignement technique et professionnel, éternel parent pauvre de l’éducation nationale, alors qu’il peut assurer une solide formation à des élèves qui s’ennuient dans les filières générales.

• Au nom des meilleurs sentiments du monde, on a remis en question le principe d’égalité républicaine et condamné les élèves des quartiers populaires : au lieu d’exiger d’eux ce qu’on exige dans les collèges et les lycées parisiens, on a "adapté" l’enseignement (« inutile de leur faire lire Racine, Descartes ou Montaigne : c’est trop compliqué pour eux et puis c’est tellement éloigné de leurs préoccupations »). On enseigne les humanités aux fils et aux filles de la bourgeoisie, tandis qu’on expérimente, sur les enfants des quartiers populaires, les nouvelles "pédagogies".

Les moyens de résister

Comment résister à cette entreprise d’affaiblissement de l’école publique ?

Voici, pour conclure, quelques pistes :

• En renforçant l’institution scolaire : il faut instaurer de la discipline, élever le niveau des exigences, instruire les élèves (et non les occuper ou les amuser).

• En recrutant des professeurs compétents : il faut que ceux-ci soient recrutés sur concours nationaux, pour leurs savoirs ainsi que leur capacité à les transmettre le plus clairement et le plus rigoureusement possible.

• En concentrant les moyens dans les établissements des quartiers populaires : les professeurs les plus puissants, les mieux formés, les plus savants doivent être envoyés dans ces quartiers et exiger des élèves ce qu’ils exigeraient des élèves d’un lycée comme Henri IV.

• En cessant d’abaisser l’enseignement technique et professionnel : il faut que les élèves puissent en tirer une formation solide grâce à laquelle ils pourront trouver du travail, mais aussi suffisamment généraliste pour qu’ils puissent changer d’entreprise.

vendredi 23 mai 2008

Le service mini môme


Alors que les manifs contre les suppressions de postes dans la fonction publique sont de plus en plus importantes, Le roi Sarko tente une diversion en lançant le service mini môme.

Proverbe Sarkozien:
Quand je montre la grève, l'idiot regarde le service minimum !!!

Mais oui, que faire des enfants scolarisés en primaire et maternelle (en collège et lycée, un accueil des élèves est obligatoire) lorsque les parents bossent et que ces fainéants de profs font encore grève alors que le ministère ne négocie toujours pas avec les partenaires sociaux (ça fait pas partie de leur boulot ça ???) ?
Alors, pour ne pas pénaliser les gens qui veulent travailler plus pour gagner plus, le roi Sarko sort la carte du service minimum.

Mais, il me semble que ce même roi Sarko demande l'ouverture des magasins le dimanche.Que va-t-on faire des enfants des personnes qui vont bosser le dimanche ? Va-t-on imposer un service mini môme aux crèches et centres aérés ? A moins que l'on impose aux profs qui font grève en semaine de s'occuper des enfants des travailleurs du dimanche...




Mais non, la solution est tout autre. Le dimanche , il y a la messe !...Voila pourquoi le roi Sarko entretient de si bons rapports avec les représentants de dieu...c'est afin de pouvoir négocier avec eux qu'ils s'occupent des enfants des travailleurs du dimanche...Ils mettront à profit tout ce temps pour enseigner aux élèves ce que les professeurs ne peuvent leur transmettre (pour incompétence), soit, les différences entre le bien et le mal, le sens à la vie,...
Ils en feront des bons petits citoyens, qui, lorsqu'ils seront grands, préfèreront le fatalisme et la loi de dieu à la revendication et la lutte pour défendre leurs droits...

mardi 20 mai 2008

Incongru


Un prof de maths se rend comme chaque mardi matin dans la salle de cours qui lui a été assignée... Quelle surprise quand il se retrouve dans un bâtiment à moitié effondré, sa salle de classe vidée de ses chaises et de ses tables et en voie de "réhabilitation". On avait tout simplement oublié de lui dire que la bâtiment dans lequel il travaille serait en travaux. Il cherchera désespérément une salle disponible pendant son heure de cours.


C'est ce qui s'appelle "avoir de la considération'" pour le petit personnel d'Ubu...

vendredi 16 mai 2008

LES RAISONS DE LA COLERE



Point de vue
Lycéens : les raisons de la colère, par Florian Lecoultre (lycéen)
LE MONDE 14.05.08 13h52 • Mis à jour le 14.05.08 13h52

Si les lycéens descendent dans la rue depuis deux mois c'est bien que leur mouvement touche à des enjeux essentiels pour l'avenir du service public d'éducation. Des mobilisations locales, associant enseignants, parents et élèves ont débuté dès la notification aux établissements des dotations horaires avec lesquelles ils sont censés fonctionner lors de l'année scolaire 2008-2009. Au-delà des 11 200 postes en moins à la rentrée 2008, ce sont les 80 000
suppressions prévues pour les trois années à venir, s'ajoutant aux 25 300 postes
supprimés depuis 2003, qui inquiètent la communauté éducative.



En effet, alors que le nombre d'élèves augmente, comment lutter contre l'échec et la reproduction sociale, comment élever le niveau de formation en supprimant les moyens d'un suivi individualisé des élèves ? Sur le terrain, les effets de ces coupes budgétaires massives se font déjà ressentir : les classes dépassent désormais fréquemment les 35 élèves, de nombreuses options sont supprimées, accélérant la ghettoïsation de certains établissements... L'impression domine actuellement d'avoir atteint un point de non-retour dans les lycées.

Les suppressions de postes cristallisent aujourd'hui le mécontentement car elles traduisent une politique à courte vue, tournant le dos à toute véritable ambition éducative. Lors de sa récente intervention télévisée, le président de la République a malheureusement confirmé l'objectif purement comptable des réformes éducatives du gouvernement. La réforme du bac professionnel, conduite sans les lycéens, en est l'exemple type : ne cherchant ni à sortir ces filières de leur image de
relégation, ni à réduire l'échec massif dont les lycéens professionnels sont victimes, elle semble ne poursuivre que l'objectif comptable de supprimer une année de formation.

Les lycéens ne sont pas conservateurs ; au contraire, ils exigent des réformes, mais considèrent qu'elles doivent porter une ambition éducative, répondre à l'objectif d'une école plus juste, permettant l'émancipation des jeunes et l'élévation du niveau de formation de la population. Les moyens doivent ainsi découler des objectifs politiques fixés à l'école, et non constituer un préalable conduisant à revoir les objectifs à la
baisse.

(...)

Le président de la République a raison : si les lycéens se mobilisent c'est parce qu'ils sont inquiets pour leur avenir et qu'ils ont le sentiment d'être une génération
sacrifiée
sur l'autel de la rigueur. Cette situation est loin d'être normale et devrait révolter l'ensemble de la classe politique. Comment en effet
théoriser que par principe la jeunesse soit synonyme d'inquiétude pour l'avenir ? Comment se résoudre à ce que les jeunes Français soient les plus pessimistes d'Europe ? Les lycéens souhaitent au contraire en se mobilisant préserver leur droit à l'avenir et démontrer que la jeunesse doit être le moment de l'émancipation et de l'ouverture des possibles.

Crise des banlieues et mouvement lycéen contre la réforme du bac en 2005, mobilisation contre le CPE en 2006, mouvement des étudiants et lycéens contre la loi sur les libertés et responsabilités des universités en 2007, la fréquence des mobilisations de la jeunesse démontre, loin d'une tradition rituelle, l'ampleur de la crise sociale et générationnelle qui traverse le pays. Le gouvernement serait fort inspiré d'entendre le message de la jeunesse, faute de quoi c'est l'avenir de l'ensemble du pays qui sera compromis.

(...)
Florian Lecoultre, président de l'Union nationale lycéenne
Article paru dans l'édition du 15.05.08.

mardi 29 avril 2008

défouloir

Lundi matin, jour de rentrée : je suis inspecté dans 1/4 d'heure- 170 professeurs - 3 photocopieuses, 2 toujours en panne . La 3ème aussi !
Une irrésistible envie me prend !

jeudi 24 avril 2008

Pourquoi faut-il supprimer des postes de profs ?


Moi naïvement, je pensais que dans le monde d'ubu, le secrétaire d'état à la fonction publique, c'était quelqu'un qui avait envie de défendre le service public, qui croyait au moins un peu en la qualité des gens qui y travaillaient (les fonctionnaires donc). Mais tout ça c'était avant de lire les propos Santinubuesques tenus lors d'une réunion de la Fondation concorde le mercredi 20 octobre et rapportés par Charlie-Hebdo. Ah!!! quel humour ce Santini ...(cliquez sur l'article)

Dans ces propos Santinubuesques il admet que les habitants du monde d'Ubu sont contents de la qualité du service public rendue par les fonctionnaires (ces gens qui coutent trop chers et qui vivent trop vieux...). Pour le coup, ce n'est pas facile d'imposer des réformes...La solution pour résoudre ce problème est de procéder en deux temps :

1 - Faire en sorte que les habitants du monde d'Ubu ne soient plus contents et pour cela il faut fragiliser les services publics de l'intérieur afin d'en dégrader leurs qualités (sous effectif, baisse d'investissement, etc...) .

2 - Une fois que les services publics sont impopulaires, le prétexte est tout trouvé pour passer toutes les réformes possibles et voir, les privatiser...

Les profs, c'est 800 000 fonctionnaires. On supprime un peu plus d'1 poste sur 10 d'ici 2012 (85 000 postes). Les classes à 45 élèves, les profs non remplacés, etc. c'est pas un problème, bien au contraire c'est le but. Quand plus personne ne sera satisfait de l'éducation nationale, enfin on privatisera tranquillement...

mardi 22 avril 2008

Mixité à l'école = appel à la vigilance














Le 9 avril 2008, le Conseil des Grands Sages d'Ubu s'est réuni, comme d'habitude, pour papoter un peu.

Cette fois-ci, il s'agissait de débattre de la mixité à l'école.

Vaste sujet très intéressant, quand on sait combien il est de plus en plus difficile pour de jeunes ados d'aujourd'hui d'accepter la différence.

Le 9 avril 2008, Le gouvernement a lamentablement menti au Conseil des Grands Sages d'Ubu en prétextant une directive provenant de l'Ubunion Européenne:

directive 2002/73/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 septembre 2002 modifiant la directive 76/207/CEE du Conseil relative à la mise en oeuvre du principe de l'égalité de traitement entre hommes et femmes en ce qui concerne l'accès à l'emploi, à la formation et à la promotion professionnelle, et les conditions de travail, Journal Officiel. L269 du 5.10.2002, p.15)

pour tenter d'imposer une nouvelle loi qui nous ferait revenir sur le principe de mixité si cher à notre école républicaine.

Petit rappel pour ceux qui n'ont pas assez bûché à l'école et précision pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir envie d'y rester:

Directive : n. f. XIXe siècle. Forme féminine substantivée de directif. MILIT. Instruction générale, ordre d'opérations émanant du haut commandement. Prescrire une manœuvre par une directive précise. Par ext., surtout au pluriel. Indications générales données par une autorité à ceux qui sont chargés de les exécuter. Demander, donner, recevoir, transmettre des directives. Suivre les directives. Se conformer aux directives. Enfreindre, transgresser les directives.

Une directive, c'est donc une 'indication' et non une loi contraignante. Quel grossier argument de la part des Ubugouvernants :nous faire croire que la directive doit être immédiatement traduite en loi ! Bons petits soldats qui nous diront bientôt :

Mais, ma pauv'dame, on n'y peut rien: c'est l'Europe. C'est inéluctable, vous le savez bien (comme la mondialisation)

L'Ubunion Européenne, tout comme la mondialisation, est un prétexte très utile pour proscrire toute forme de volontarisme politique ou encore mieux : pour masquer la volonté perverse de nos dirigeants ("c'est pas de notre faute !") Bref, L'Ubunion-Européenne n'a pas encore- mais méfions-nous - les moyens institutionnels d'imposer aux 27 une quelconque loi.

Elle a beau émettre des directives et donc, des indications (c'est tout de même l'Académie Française qui le dit !), pour l'instant ça vaut autant qu'un faux billet de 500 euros.

Enfin, rassurons-nous comme nous le pouvons, le Conseil des Grands Sages d'Ubu a pris les vilains menteurs la main dans le sac : Hu hu hu!

Alors, qu'on discute de la mixité à l'école depuis les IUFM jusque dans des débats à l'Inspection Académique est une chose, mais qu'on laisse "voter" des lois réactionnaires et discriminatoires en est une autre.
Ubuesques mensonges...